Prise en charge des migrants infectés par le VIH en France. Intérêt de la médiation en santé publique.

samedi 21 novembre 2009

Actuellement en France, plus d’un tiers des nouvelles infections à VIH s’observent chez des personnes d’origine étrangère qui ne représentent que 6–8 % de la population générale, avec un mode de transmission essentiellement hétérosexuel. Une adaptation des pratiques des soignants est donc souhaitable pour améliorer leur prise en charge de façon à prendre en compte leurs spécificités qui ne se limitent pas à des différences culturelles mais qui intègrent également des déterminants socioéconomiques .

Parmi cette population de migrants infectés par le VIH, ce sont les femmes qui sont le plus touchées. En 2002, parmi les femmes de moins de 30 ans contaminées par rapport hétérosexuel, trois quarts sont des femmes originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne. Cette population d’Afrique subsaharienne présente la caractéristique d’être dépistée plus tardivement que les autres groupes de transmission avec les conséquences cliniques que cela entraîne : environ deux tiers des personnes originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne ne connaissent pas leur séropositivité lors du diagnostic de sida contre près de 50 % sur l’ensemble des cas. Afin de faciliter la prise en charge de ces migrants et de maximiser l’efficacité thérapeutique, il faut proposer aux praticiens peu familiarisés avec cette population de patients, des aides. Des expériences innovantes dans l’accueil et la prise en charge des migrants/étrangers se structurent actuellement autour de la médiation en santé publique. L’idée de médiation en santé publique a débuté en 1998. Le Crips (Centre Régional d’Information et de Prévention du Sida) et Arcat (Association pour la Recherche et la Communication pour l’Accès aux Traitements) font alors le constat que les associations de migrants ont du mal à se saisir de la prévention sida et proposent à la DGS (Direction Générale de la Santé ) de renforcer les capacités de ces associations en matière de santé. Une formation de médiateurs d’un nouveau type, les médiateurs en santé publique, se met en place en octobre 2000 à l’Institut de médecine et d’épidémiologie africaines (IMEA), sous le titre de « Programme d’amélioration de l’accès aux soins et à la prévention avec les publics en situation de vulnérabilité ».

La médiation en santé publique a plusieurs objectifs : elle établit un lien entre les personnes et les services soignants (en favorisant le dépistage, en amenant les personnes en consultation, en informant les patients, en soutenant la pérennité de la prise des traitements) ; elle peut faciliter la relation et permettre de résoudre blocages ou conflits entre « soignants » et « soignés » ; elle s’inscrit également dans une dynamique de questionnements des pratiques d’accueil et de prise en charge des personnes, pas seulement pour révéler et discuter des dysfonctionnements, mais aussi pour faire des propositions ; elle permet de mieux coordonner des actions de prévention et de prise en charge, notamment quand les médiateurs de santé participent à part entière à certains staffs du personnel soignant et des travailleurs sociaux, afin de mieux articuler leurs interventions ; elle permet aussi d’aborder certaines questions souvent cruciales pour le patient mais qui, du fait d’une part d’un manque de temps ou d’un défaut de sensibilisation de la part des médecins et, d’autre part, de leur caractère non strictement médical et parfois très intime, sont rarement abordées (souffrance morale, sexualité, relations dans le couple ou avec les partenaires, désir d’enfant, crainte de la rupture de la confidentialité dans le lieu de vie ou de travail, problèmes posés par le retour au pays, crainte pour la santé du conjoint resté « là-bas », etc.).

Dans la presse scientifique : Faut-il une prise en charge spécifique des migrants infectés par le VIH en France ? D. Méchali, O. Bouchaud Médecine et Maladies Infectieuses Article in Press, Corrected Proof

Sites utiles pour les migrants :

ANAEM (Agence Nationale de l’Accueil des Etrangers et des Migrations) Migrations santé (Permanences d’écoute et d’orientation sanitaire et sociale ) CESAM (ComitÉ pour la SAnté des Migrants)

http://femmesida.veille.inist.fr/fe...