La médiation thérapeutique

jeudi 22 octobre 2009

Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’une activité de consultation, les entretiens effectués par la médiatrice de santé représentent à la fois un travail d’information et d’accessibilité aux soins pour nos patients.

Le rôle de médiateur de santé inauguré au Centre médical Marmottant est un métier émergeant qui ne rencontre pas auprès des tutelles, toute la reconnaissance qu’il mérite. La médiatrice de santé est mise à disposition du Centre médical Marmottan, elle est embauchée sur une subvention spécifique. Etant reconnue comme telle par nos patients, dans sa capacité à élaborer des stratégies d’interventions, elle aide à faciliter la communication, à l’établir, voire à la rétablir entre ce public et les services concernés. Son action cible les problèmes spécifiques que pose l’accès aux soins des usagers de drogues (substitués ou non), dans une dépendance active ou sevrée principalement en ce qui concerne l’hépatite C et le sida

Contexte du Centre médical Marmottan La consultation de médecine générale a été ouverte en 1991 pour la prise en charge VIH et répondre aux problèmes somatiques des toxicomanes. Consultations de médecine générale gratuites et sans rendez-vous, consultations médicales assurées dans les autres pôles de l’institution de Marmottan, consultations par des spécialistes de l’infection VIH et des hépatites B et C, soins infirmiers, activité de prévention, mise à disposition de matériel pour la réduction des risques : préservatifs féminins et masculins.

Le contexte de cette population 67% de la population toxicomane est porteuse de l’hépatite C. Chez les usagers de drogues en substitution, il existe un retard considérable à l’accès aux soins INF/RIBA (rapport d’actvité de Marmottan 2002).

Description du dispositif de médiation La mise en place du dispositif a nécessité la création d’un réseau associatif. La signature d’une convention avec l’hôpital La Pitié-Salpêtrière, Service du Professeur T. Poynard a mis à notre disposition un hépatologue, le Docteur J. MOUSSALLI et permis l’accès au FIBROTEST qui a été, pour nos patients, un plus dans la prise en charge du VHC. En 2002, seulement 6 patients ont bénéficié d’un traitement anti-VHC. Accompagner les patients à la biopsie, nécessite de longs entretiens et même souvent à des accompagnements par le médiateur, y compris à 7 heures du matin !!!! Aujourd’hui avec juste une prise de sang, nous avons pu effectuer gratuitement grâce à cette convention 130 fibrotests de janvier 2003 à septembre 2003. 26 personnes présentent une fibrose sévère (F3-F4) et 25 personnes bénéficient d’un traitement, ce qui représente 4 fois plus par rapport à l’année précédente. Les 5 médecins de la médecine générale, une fois par semaine, bénéficient de la présence de l’hépatologue J. MOUSSALLI, consultation sur place et formation des soignants à la prise en charge des hépatites virales et initialisation des patients présentant une fibrose sévère (F3-F4). Autant de patients ont réussi à accéder au traitement en relation avec les services spécialisés. Les résultats de la médiation thérapeutique Au cours de l’année 2003, 370 entretiens individuels , soit environ 50 entretiens par mois. Ces entretiens ont permis aux usagers de prendre connaissance des risques de contamination dus à leurs pratiques, de parler du virus, de s’informer sur la réduction des risques et des dommages causés lors de la mise en place d’un traitement. L’accompagnement tout au long du traitement a permis : a) d’expliquer qu’il peut y avoir des réponses positives comme négatives aux traitement, mais de toutes les façons, il en ressortira un mieux… b) d’écouter et de rassurer sur les effets secondaires c) d’accompagner jusqu’à la fin d’un traitement et au-delà d) pour les non répondeurs, de les maintenir dans l’accès aux soins et pour ceux, qui, aujourd’hui, ont une hépatite minime, de les préparer socialement ; également de les maintenir dans un suivi, de prévenir les risques liés à l’alcool et la polytoxicomanie. Cette activité nécessite une disponibilité d’écoute et une connaissance des droits à la santé, mais elle doit se faire en coopération avec les missions menées par les différents pôles de l’institution.

Modèles d’intervention d’accompagnement thérapeutique

Afin de développer cette mission d’accessibilité aux soins, il est nécessaire d’être porteur d’informations valides régulièrement mises à jour et d’avoir également une activité extérieure importante. La transmission de l’information se fait essentiellement par la mise à disposition et la diffusion de documents : brochures, journaux, dépliants, et cette information écrite est bien évidemment relayée voire complétée par une information directe, tant dans le cadre des entretiens que des demandes téléphoniques.

Relations extérieures Le but de cette activité est de développer et de resserrer les contacts du Centre médical Marmottant avec d’autres structures, de participer à l’élaboration de certains projets mais également de faire connaître ce travail spécifique de médiation de santé publique dont dispose le Centre médical Marmottan. La présence des infirmières à la consultation permet une éducation du patient au traitement, à la pratique des injections (stylo d’interféron) et permet de laisser le choix entre venir une fois par semaine pour les soins et/ou acquérir au fur et à mesure une autonomie s’ils le souhaitent.

Des réticences existent encore
-  Notamment blocage de la part de certains intervenants en toxicomanie. La peur d’un traitement lourd et ses effets secondaires. Peur aussi de perdre de vue son patient. Peur de gommer la souffrance psychique alors que l’accompagnement reste indispensable au début, pendant et à l’arrêt du traitement.
-  Réticences des hépatologues vis-à-vis des toxicomanes.
-  Il ou elle fait peur. Ils sont imprévisibles et peuvent faire tache dans une salle d’attente, peuvent déstabiliser l’institution, risques de décompensation psychique, mais cela commence à changer. Trop d’exigences vis-à-vis des produits ou imposer un sevrage préalable d’alcool alors que notre expérience montre une modification des consommations en cas de traitement.
-  Concernant les usagers, on assiste à une modification de la représentation de l’hépatite C, longtemps banalisée ou, pour certains, dramatisée en l’absence de proposition de traitement.

L’équipe de médecine générale de Marmottan a pu observer l’évolution de bon nombre de patients vers une prise de conscience de se « maintenir » en bonne santé, au fur et à mesure de la continuité du traitement. Le travail de la médiatrice de santé vient soutenir ce cheminement et permet l’optimisation du travail entre la consultation de médecine générale, les usagers et les spécialistes.

Hélène Delaquaize